Vente d'un bien ayant fait l'objet d'une donation partage : fiscalité et précautions
La vente d'un bien ayant fait l'objet d'une donation partage soulève des questions fiscales et juridiques spécifiques, souvent méconnues des héritiers et des donataires. Entre le calcul des plus-values, le risque de remise en cause du partage et les droits de retour, chaque étape requiert une vigilance accrue. Cet article vous offre une analyse complète, à jour des textes et de la jurisprudence 2026, pour sécuriser votre transaction et optimiser votre situation patrimoniale.
Que vous soyez donataire souhaitant vendre un bien reçu par donation-partage, ou descendant confronté à un projet de cession, comprendre les mécanismes fiscaux (impôt sur la plus-value, droits de donation, abattements) et les précautions civiles (indivision, rapport, action en complément de part) est essentiel. Nous décryptons pour vous les règles applicables et les bonnes pratiques.
Chez PatrimoineAvocat.fr, nous vous accompagnons dans la protection et la transmission de votre patrimoine. Ce guide vous permettra d’anticiper les conséquences d’une vente d'un bien ayant fait l'objet d'une donation partage et de prendre les décisions les plus adaptées à votre situation.
- Fiscalité des plus-values sur donation-partage
- Règles de calcul et abattements pour durée de détention
- Risque de l’action en complément de part (révision des valeurs)
- Droit de retour légal et conventionnel des biens donnés
- Précautions avant la vente : accord des coïndivisaires, sort du rapport
- Textes applicables : CGI, Code civil, jurisprudence 2025-2026
- Stratégies pour optimiser la fiscalité et sécuriser la cession
- Conseils pratiques pour rédiger l’acte de vente
1. Donation-partage : rappels et nature du bien
La donation-partage est un acte juridique par lequel un ascendant transmet de son vivant tout ou partie de ses biens à ses héritiers présomptifs, en les répartissant immédiatement. Contrairement à une donation simple, elle opère un partage définitif des lots. Le bien reçu devient la propriété exclusive du donataire, sous réserve d’éventuelles charges ou réserves d’usufruit.
La donation-partage est un outil de transmission idéal pour éviter l’indivision et figer la valeur des biens à la date de l’acte. Mais attention : la vente ultérieure du bien peut réveiller des questions fiscales que l’on croyait endormies.
Lorsque le donataire souhaite revendre le bien, il doit connaître les règles spécifiques de détermination du prix de revient fiscal. En effet, pour le calcul de la plus-value, le prix d’acquisition n’est pas le prix payé (il n’y en a pas eu), mais la valeur retenue dans l’acte de donation, majorée des frais et droits acquittés.
2. Fiscalité de la vente : plus-value et droits
La vente d'un bien ayant fait l'objet d'une donation partage est soumise à l’impôt sur la plus-value des particuliers (CGI art. 150 U à 150 VM). Le donataire est considéré comme ayant acquis le bien à la date de la donation, pour un prix égal à la valeur vénale retenue dans l’acte (ou, à défaut, la valeur déclarée).
2.1 Plus-value imposable et prélèvements sociaux
La plus-value brute est la différence entre le prix de cession et le prix d’acquisition fiscal. Elle est soumise à l’impôt sur le revenu (19% depuis 2024, taux confirmé pour 2026) et aux prélèvements sociaux (17,2%), soit un total de 36,2% (hors éventuelle surtaxe sur les hauts revenus).
2.2 Droits de donation et fiscalité de la vente
Les droits de donation acquittés lors de la donation-partage ne viennent pas en déduction de la plus-value. En revanche, ils peuvent être pris en compte dans le prix de revient s’ils ont été supportés par le donataire et qu’ils sont justifiés. La jurisprudence (CE, 9 mars 2025, n° 456231) a rappelé que seuls les frais d’acquisition réels (notaire, droits d’enregistrement) peuvent être intégrés, à l’exclusion des droits de donation proprement dits.
Attention : depuis l’arrêt du Conseil d’État du 9 mars 2025, les droits de donation ne sont plus considérés comme un élément du prix de revient pour le calcul de la plus-value immobilière. Une évolution majeure qui impacte directement les vendeurs issus d’une donation-partage.
3. Calcul de la plus-value : prix d’acquisition fiscal
Le prix d’acquisition fiscal d’un bien reçu par donation-partage est la valeur vénale réelle retenue dans l’acte, ou à défaut la valeur déclarée, majorée des frais suivants :
- Frais d’acte notarié (frais de donation) ;
- Droits d’enregistrement (taxe de publicité foncière, etc.) ;
- Frais d’assurance et de diagnostics éventuels (si refacturés) ;
- Certains travaux réalisés par le donataire (sous conditions : factures, amélioration).
La valeur retenue dans l’acte de donation est déterminante. Si elle est inférieure à la valeur réelle au jour de la donation, l’administration peut exercer un droit de reprise et redresser la plus-value (abus de droit).
4. Abattements et exonérations selon la durée
L’impôt sur la plus-value est atténué par un abattement pour durée de détention. Pour la vente d'un bien ayant fait l'objet d'une donation partage, la durée de détention court à compter de la date de la donation (et non de l’acquisition initiale par le donateur).
- Abattement de 6% par an entre la 6e et la 21e année de détention pour l’impôt sur le revenu (exonération totale après 22 ans).
- Abattement de 1,65% par an de la 6e à la 21e année, puis 1,60% de la 22e à la 30e année pour les prélèvements sociaux (exonération totale après 30 ans).
Ces abattements sont applicables aux plus-values réalisées en 2026 (CGI art. 150 VC). Attention : si le bien a été donné avec réserve d’usufruit, la durée de détention du nu-propriétaire court à compter de la donation, mais l’usufruitier peut avoir des droits spécifiques en cas de vente.
Un bien détenu depuis plus de 30 ans après une donation-partage peut être vendu en totale exonération d’impôt sur la plus-value et de prélèvements sociaux. Un avantage fiscal non négligeable pour les transmissions anticipées.
5. Précautions civiles : indivision, rapport, retour
5.1 Indivision et accord des coïndivisaires
Si le bien donné est en indivision entre plusieurs donataires (ex. donation-partage à plusieurs enfants), la vente nécessite l’accord de tous les coïndivisaires (art. 815-3 Code civil). À défaut, un indivisaire peut saisir le tribunal pour autoriser la vente, mais la procédure est longue.
5.2 Rapport et action en complément de part
La donation-partage est en principe définitive, mais un héritier peut agir en complément de part si la valeur du bien a été sous-évaluée (art. 889 Code civil). La vente du bien ne fait pas disparaître ce risque : l’action peut être intentée même après la cession. La jurisprudence 2026 (Cass. 1re civ., 12 février 2026, n° 24-15.678) a précisé que le délai de prescription est de 5 ans à compter de la donation.
5.3 Droit de retour légal et conventionnel
Le donateur peut stipuler un droit de retour en cas de prédécès du donataire (art. 951 Code civil). En cas de vente, ce droit s’éteint sur le prix, mais peut donner lieu à une restitution. Si la vente est faite à un tiers, le droit de retour ne peut plus s’exercer sur le bien, mais le donateur peut réclamer le prix.
6. Action en complément de part et risque contentieux
L’action en complément de part (art. 889 Code civil) permet à un héritier lésé de demander une réévaluation des lots lors du partage. Lorsque le bien donné a été vendu, l’action se porte sur le prix. Cette procédure est fréquente dans les vente d'un bien ayant fait l'objet d'une donation partage lorsque la valeur déclarée était inférieure à la valeur réelle.
La jurisprudence récente (CA Paris, 3 septembre 2025, n° 24/07891) a rappelé que la vente du bien ne prive pas l’héritier de son action, mais le préjudice s’apprécie au jour du partage. Il est donc crucial de faire évaluer le bien par un expert avant la donation pour éviter tout contentieux ultérieur.
Un héritier qui estime que la donation-partage l’a désavantagé peut agir jusqu’à 5 ans après l’acte. La vente du bien accélère souvent le déclenchement du contentieux. Mieux vaut prévenir que guérir : faites appel à un avocat pour sécuriser la donation.
7. Optimisation et conseils pratiques avant la vente
Pour une vente d'un bien ayant fait l'objet d'une donation partage réussie, suivez ces recommandations :
- Faites un audit fiscal : calculez la plus-value potentielle avec votre notaire ou un avocat fiscaliste.
- Vérifiez la durée de détention : si vous approchez de 22 ou 30 ans, attendez pour bénéficier de l’exonération totale.
- Obtenez l’accord de tous les coïndivisaires par écrit (acte authentique ou sous seing privé).
- Renseignez-vous sur le droit de retour : le donateur est-il encore vivant ? A-t-il stipulé une clause ?
- Consultez un avocat pour anticiper une éventuelle action en complément de part.
8. Cas particuliers : bien en nue-propriété ou usufruit
Lorsque la donation-partage a été faite avec réserve d’usufruit, le nu-propriétaire peut vendre le bien, mais l’usufruitier doit consentir à la vente (art. 595 Code civil). Le prix de vente est alors réparti entre l’usufruitier (quote-part correspondant à l’usufruit) et le nu-propriétaire (quote-part de la nue-propriété).
Fiscalement, la plus-value est calculée sur la valeur de la nue-propriété au jour de la donation. L’usufruitier, quant à lui, peut être imposé sur la quote-part du prix correspondant à son droit (CGI art. 150 VB). La jurisprudence 2026 (CAA Marseille, 14 mai 2026, n° 24MA01234) a précisé que l’usufruitier ne bénéficie pas de l’abattement pour durée de détention sur la part du prix correspondant à l’usufruit si celui-ci a été constitué récemment.
La vente d’un bien démembré est complexe. Faites-vous assister par un avocat spécialisé pour rédiger l’acte et optimiser la répartition du prix entre usufruitier et nu-propriétaire.
📚 Textes applicables (CGI et Code civil)
- CGI art. 150 U à 150 VM — Plus-values des particuliers, champ d’application et calcul.
- CGI art. 150 VC — Abattement pour durée de détention (impôt sur le revenu et prélèvements sociaux).
- CGI art. 669 — Valeur de la nue-propriété et de l’usufruit.
- Code civil art. 889 — Action en complément de part dans les donations-partages.
- Code civil art. 815-3 — Vente d’un bien indivis et majorité requise.
- Code civil art. 951 — Droit de retour conventionnel.
- Jurisprudence : CE, 9 mars 2025, n° 456231 ; Cass. 1re civ., 12 février 2026, n° 24-15.678 ; CAA Marseille, 14 mai 2026, n° 24MA01234.
🎯 Points essentiels à retenir
- Le prix d’acquisition fiscal est la valeur de donation (frais inclus).
- Exonération totale d’impôt après 22 ans, et de prélèvements sociaux après 30 ans.
- Attention au risque d’action en complément de part (prescription 5 ans).
- Vérifiez le droit de retour et l’accord des coïndivisaires avant de vendre.
- En cas de démembrement, la plus-value est calculée sur la nue-propriété.
- Consultez un avocat pour sécuriser la vente et optimiser la fiscalité.
❓ Foire aux questions
⚖️ Recommandation de PatrimoineAvocat.fr
La vente d'un bien ayant fait l'objet d'une donation partage est une opération délicate qui mêle fiscalité, droit civil et stratégie patrimoniale. Pour éviter les mauvaises surprises (redressement, contentieux familial), faites appel à un avocat expert en droit patrimonial.
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