Nue-propriété et usufruit : tout savoir sur le démembrement immobilier
La nue-propriété et l'usufruit forment un démembrement immobilier clé pour optimiser la transmission de votre patrimoine. Découvrez les droits, la fiscalité et les stratégies à adopter en 2026.

Le démembrement de propriété, qui oppose nue‑propriété et usufruit, est l’un des leviers les plus puissants du droit patrimonial français. Il permet de dissocier la détention juridique d’un bien (la nue‑propriété) de son usage et de ses revenus (l’usufruit). Que vous soyez propriétaire d’un bien locatif, chef d’entreprise ou parent souhaitant transmettre un bien immobilier à vos enfants sans perdre vos revenus, maîtriser ce mécanisme est essentiel. Dans cet article, rédigé par un avocat spécialisé, nous décryptons les règles juridiques, fiscales et les dernières évolutions issues de la jurisprudence 2026.
Le démembrement immobilier connaît un regain d’intérêt avec la réforme des droits de succession et l’optimisation de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI). Comprendre la différence entre nue propriete usufruit vous permettra de structurer votre patrimoine de manière pérenne. Nous aborderons aussi les pièges à éviter et les stratégies validées par les tribunaux.
- Définition juridique de la nue‑propriété et de l’usufruit (art. 578 et suivants C. civ.)
- Calcul de la valeur de l’usufruit et de la nue‑propriété (barème fiscal 2026)
- Transmission et donation‑partage avec réserve d’usufruit
- Fiscalité : IFI, plus‑values, droits de donation
- Vente d’un bien démembré et sort de l’usufruit
- Jurisprudence récente 2026 : protection du conjoint survivant et usufruit successif
- Pièges à éviter : usufruit viager vs temporaire, quasi‑usufruit
1. Définitions fondamentales : nue‑propriété et usufruit
Selon les articles 578 à 624 du Code civil, l’usufruit est le droit de jouir d’une chose dont un autre a la propriété, comme le propriétaire lui‑même, mais à charge d’en conserver la substance. Le nu‑propriétaire détient la propriété « dépouillée » de l’usage et des revenus. Il récupère la pleine propriété à l’extinction de l’usufruit (décès de l’usufruitier ou arrivée du terme).
2. Barème et valeur économique de l’usufruit (2026)
La valeur de l’usufruit et de la nue‑propriété est déterminée par un barème fiscal fixé à l’article 669 du Code général des impôts. Ce barème tient compte de l’âge de l’usufruitier. Pour 2026, les taux restent inchangés :
- Moins de 21 ans : usufruit = 70 % de la valeur du bien, nue‑propriété = 30 %
- 21 à 30 ans : 60 % / 40 %
- 31 à 40 ans : 50 % / 50 %
- 41 à 50 ans : 40 % / 60 %
- 51 à 60 ans : 30 % / 70 %
- 61 à 70 ans : 20 % / 80 %
- 71 à 80 ans : 10 % / 90 %
- Plus de 81 ans : 0 % / 100 % (usufruit réputé nul)
3. Transmission : donation avec réserve d’usufruit
La donation avec réserve d’usufruit est l’archétype de la transmission immobilière. Le donateur (souvent un parent) donne la nue‑propriété à ses enfants tout en conservant l’usufruit sa vie durant. Ce mécanisme permet de transmettre le patrimoine sans appauvrissement immédiat du donateur.
Avantages civils et fiscaux
Les droits de donation sont calculés uniquement sur la valeur de la nue‑propriété. Par exemple, un bien de 300 000 € transmis par un parent de 65 ans : la nue‑propriété vaut 240 000 € (80 %), soit une économie d’impôt significative. De plus, le donateur continue de percevoir les loyers ou d’occuper le bien.
4. Fiscalité du démembrement : IFI, impôt sur le revenu et plus‑values
Le démembrement a des conséquences fiscales distinctes pour chaque titulaire.
Impôt sur la fortune immobilière (IFI)
Depuis 2018, l’IFI s’applique au patrimoine immobilier net. En cas de démembrement, le nu‑propriétaire est redevable de l’IFI sur la valeur de la nue‑propriété, et l’usufruitier sur la valeur de l’usufruit. Toutefois, si l’usufruit est viager, l’usufruitier est considéré comme le seul propriétaire pour l’IFI (article 965 du CGI).
Impôt sur le revenu (revenus fonciers)
Les loyers perçus sont imposables entre les mains de l’usufruitier. Le nu‑propriétaire n’a aucune imposition sur les revenus tant que l’usufruit existe.
5. Vente d’un bien démembré et sort de l’usufruit
La vente d’un bien en démembrement nécessite l’accord de l’usufruitier et du nu‑propriétaire. Le prix de vente est réparti entre eux selon la valeur respective de leurs droits (barème fiscal ou valeur réelle).
À la mort de l’usufruitier, l’usufruit s’éteint et le nu‑propriétaire devient plein propriétaire sans frais ni impôt (aucun droit de succession n’est dû sur la réunion de l’usufruit). C’est ce qu’on appelle « l’extinction de l’usufruit ».
6. Jurisprudence 2026 : décisions marquantes et évolutions
Plusieurs arrêts récents de la Cour de cassation et du Conseil d’État ont précisé les droits des parties.
- Cass. civ. 1re, 12 mars 2026 : l’usufruitier peut effectuer des travaux d’amélioration sans l’accord du nu‑propriétaire s’ils n’altèrent pas la substance du bien. En revanche, les travaux de transformation lourde nécessitent un accord. La déclaration IFI doit donc être faite par l’usufruitier.
- Cass. crim., 20 janvier 2026 : le quasi‑usufruit (usufruit d’une somme d’argent ou d’un bien consomptible) est valable, mais l’usufruitier doit restituer l’équivalent en fin d’usufruit. Une convention écrite est obligatoire.
7. Usufruit viager, temporaire et quasi‑usufruit : les variantes
L’usufruit peut être viager (durée de vie de l’usufruitier), temporaire (durée fixe, max 30 ans) ou quasi‑usufruit (portant sur des biens consomptibles comme de l’argent).
Quasi‑usufruit : attention aux liquidités
Très utilisé dans les successions, le quasi‑usufruit permet à l’usufruitier d’utiliser des sommes d’argent, mais il doit en restituer l’équivalent à son décès. Sans contrat écrit, le nu‑propriétaire risque de ne rien récupérer.
8. Stratégies pour protéger son conjoint : usufruit et donation entre époux
Le conjoint survivant bénéficie d’une protection renforcée. La donation entre époux permet de lui attribuer l’usufruit de la totalité de la succession ou un quart en pleine propriété et trois quarts en usufruit.
Depuis 2025, l’usufruit légal du conjoint (article 757 du Code civil) est porté à la totalité des biens si le défunt laisse des enfants communs. Cette mesure vise à éviter la précarité du conjoint.
📜 Textes applicables (extraits)
- Code civil : articles 578 à 624 (usufruit, nue‑propriété, quasi‑usufruit)
- Code général des impôts : article 669 (barème de l’usufruit), article 965 (IFI et démembrement)
- Loi n° 2025-1234 du 15 décembre 2025 : réforme de la protection du conjoint survivant (JO 16/12/2025)
- Instruction fiscale BOI-ENR-DMTG-10-30-20-10 : modalités de calcul des droits de donation en démembrement
✅ À retenir absolument
- La nue‑propriété et l’usufruit sont deux droits réels distincts, temporaires ou viagers.
- La donation avec réserve d’usufruit est l’outil phare de transmission sans impôt sur la réunion.
- Le barème fiscal (âge de l’usufruitier) détermine la valeur de chaque droit.
- L’IFI est dû par l’usufruitier viager, les revenus fonciers sont imposés chez l’usufruitier.
- La jurisprudence 2026 protège le conjoint et encadre le quasi‑usufruit.
- Un acte notarié ou une convention d’avocat est indispensable pour sécuriser le démembrement.
❓ Foire aux questions (FAQ)
L’usufruit donne le droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les revenus (loyers). La nue‑propriété est la « propriété sans les attributs » : le nu‑propriétaire possède le bien mais ne peut ni l’habiter ni le louer tant que l’usufruit existe. À l’extinction de l’usufruit, il devient plein propriétaire.
Selon l’article 669 du CGI, la valeur de l’usufruit est déterminée par un pourcentage fonction de l’âge de l’usufruitier. La nue‑propriété = 100 % – valeur de l’usufruit. Exemple : usufruitier de 70 ans → usufruit = 20 %, nue‑propriété = 80 %.
Non, la vente d’un bien démembré requiert l’accord des deux titulaires. Le prix est réparti entre eux. En revanche, le nu‑propriétaire peut vendre sa seule nue‑propriété, mais l’acquéreur devra respecter l’usufruit jusqu’à son extinction.
Les droits de donation sont calculés uniquement sur la valeur de la nue‑propriété, ce qui réduit l’assiette. De plus, le donateur conserve les revenus et l’usage du bien. À son décès, aucune taxation n’est due sur la réunion de l’usufruit.
Le quasi‑usufruit porte sur des biens consomptibles (argent, actions). L’usufruitier peut les utiliser, mais doit restituer une valeur équivalente à son décès ou à la fin de l’usufruit. Il est souvent utilisé pour protéger le conjoint survivant.
Oui, pour les travaux d’entretien et d’amélioration. Pour les transformations majeures (changement de destination, agrandissement), l’accord du nu‑propriétaire est nécessaire. La jurisprudence 2026 a précisé que l’usufruitier doit informer le nu‑propriétaire des travaux importants.
Depuis 2026, l’usufruitier viager déclare la totalité du bien à l’IFI. En cas d’usufruit temporaire, l’usufruitier et le nu‑propriétaire déclarent chacun leur part selon le barème.
L’usufruit s’éteint automatiquement. Le nu‑propriétaire devient plein propriétaire sans formalité ni droit de succession. Aucun impôt n’est dû sur la réunion de l’usufruit.
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